Les grandes inondations et autres catastrophes liées au climat sont de plus en plus nombreuses et intenses. Photo : PNUD Bolivie/Miguel Samper

 

Il y a un mois, j'étais en vacances dans le nord de l'Allemagne, lorsque j’ai eu vent des terribles inondations dans l’ouest du pays. Si mon propre logement en Bavière ne se trouvait heureusement pas dans une zone inondable (en anglais), nombre de mes amis et collègues ont été touchés. Et bien sûr, le sujet a fait la une de toutes les grandes chaînes d'information.

Il s'agit des pires inondations que beaucoup aient connues de leur vivant en Europe centrale, sur de larges zones à travers l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, l'Autriche et les Pays-Bas, frappées par des pluies diluviennes. Plus de 220 personnes ont perdu la vie et les dommages causés à ce jour s'élèvent à plus de 3 milliards de dollars.

Étrangement, dans le lecteur DVD de l'appartement de location où je résidais, se trouvait prêt à être lancé le film catastrophe phare de 2004, Le Jour d'après. Bien que les situations apocalyptiques de ce film paraissent invraisemblables et qu'il n'ait pas fait l'objet d'une critique très positive, j'ai été frappé par cette coïncidence. Le synopsis traite de la façon dont les hommes ignorent le changement climatique et la dégradation de l'environnement et ce, à nos risques et périls – un message auquel les chaînes d’informations faisaient écho en direct.

Les grandes inondations et autres catastrophes liées au climat sont de plus en plus nombreuses et intenses. Au cours des derniers millénaires, l'Europe a connu plus de 200 inondations majeures qui ont fait plus de 60 victimes chacune. Environ la moitié d'entre elles se sont produites au XXe siècle, et plus de 50, soit une sur quatre, ont eu lieu au cours de ces vingt dernières années.

Quelles leçons tirer de cette catastrophe ?

La mémoire des images choquantes de ces inondations encore vivace et, conscients que nous sommes que des catastrophes de ce type seront de plus en plus fréquentes au cours de nos vies, j'ai pensé qu'il serait bon de proposer cinq leçons à tirer de cette tragédie :

1. Les catastrophes n’épargnent personne

Les grandes inondations de ces 20 dernières années se sont produites dans plus de 50 pays différents sur cinq continents, à tous les niveaux de l'indice de développement humain des Nations Unies (en anglais). Si plus de 220 personnes ont tragiquement péri à la suite des inondations en Allemagne, en Belgique et ailleurs, trois autres inondations de cette ampleur ont eu lieu dans le monde en 2020, touchant le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Chine et l'Inde.

2. Les « crues centennales » sont souvent mal désignées

De nombreux journaux parlent de « crues centennales ». Cependant, une crue centennale ne signifie pas qu'un événement de cette ampleur se produit une fois tous les 100 ans, mais qu'il existe une chance sur 100 pour qu'un tel évènement se produise au cours d'une année donnée. Deux semaines à peine après le début des inondations européennes de 2021, nous avons assisté à des inondations tout aussi graves, voire pires, dans l'État indien du Maharashtra (en anglais), faisant davantage de victimes.

3. La situation n'est pas désespérée, et se tenir prêt peut aider

Face aux catastrophes, on adopte souvent un certain fatalisme, comme le sentiment que « Dieu nous met à l’épreuve » et que ces évènements ne peuvent être maîtrisés (c'est peut-être la raison pour laquelle beaucoup d'Allemands et de Belges vivent dans des villages situés au bord de rivières qui débordent régulièrement – pour certains, l'inondation du mois dernier était la troisième en dix ans). S'il est vrai que de nombreux phénomènes naturels sont trop puissants pour que l'homme puisse les contrôler, nous avons la possibilité d'en atténuer ses effets.

Les inondations en Allemagne témoignent du fait que des réponses et des niveaux de préparation différents de la part des gouvernements régionaux conduisent à des résultats différents. Une alerte précoce après la rupture d'un barrage important le long de la Ruhr, près de la frontière néerlandaise à Wassenberg, et une réponse rapide à cette alerte ont permis d'évacuer 700 personnes à temps.

Malheureusement, plus au sud, à Ahrweiler (« le hameau de la rivière d’Ahr »), des alertes d'évacuation similaires n'ont pas atteint les résidents à temps.

4. Les facteurs de risque de catastrophe sont imbriqués et peuvent évoluer dans le temps

L'instabilité économique, les conflits, les catastrophes, le changement climatique et les maladies s’imbriquent souvent, pouvant exacerber les dommages. Par exemple, les récentes inondations en Europe ont été causées par des déluges estivaux d'une ampleur sans précédent. Ces derniers sont très probablement liés au changement climatique (lorsque l'atmosphère se réchauffe, elle retient davantage d'humidité, ce qui entraîne davantage de pluie).

Le PNUD dispose d'une grande quantité de connaissances et d'expériences internes lorsqu'il s'agit d'étudier, de conseiller et de travailler dans des pays en proie à des catastrophes et des situations d’après catastrophes. Pour mieux comprendre l'interaction complexe entre les facteurs de risque, nous nous spécialisons dans le développement fondé sur le risque (en anglais) qui tente d'analyser les scénarios de risque actuels et futurs et de répondre à ces facteurs multidimensionnels.

5. L’union fait la force

Bien qu'il s'agisse d'un autre type de catastrophe, je me souviens de ce proverbe créole utilisé lors du tremblement de terre de 2010 en Haïti : « Men anpil, chay pa lou », [« L’Union fait la force »]. Les communautés, les organisations internationales, les gouvernements et la société civile doivent travailler ensemble et de manière coordonnée pour s'attaquer à ces grands défis. Ce proverbe est plus que jamais d’actualité alors que le pays est confronté aux conséquences d'un nouveau séisme cataclysmique. En Allemagne, la mobilisation s'est organisée à l'échelon locale.

Pas moins de 80 000 volontaires (en anglais) ont été déployés au cours des dernières semaines pour aider les communautés à nettoyer les débris, évaluer les dégâts et reconstruire les infrastructures essentielles. Ceux-ci se sont organisés en groupes locaux et sont désormais financés par le gouvernement.

Ces volontaires mènent bon nombre des activités que le PNUD entreprend à la suite d'une catastrophe. Et comme de nombreux pays après une catastrophe, ces communautés touchées vont réfléchir sérieusement à la manière dont elles peuvent développer des politiques, des compétences et des capacités pour améliorer leur résistance face au climat et aux catastrophes, qui seront plus fréquentes à l'avenir. Le Jour d’après est peut-être un navet, mais son message implicite résonne toujours : des événements climatiques dévastateurs peuvent se produire et se produiront à l’avenir ; mais c'est à nous de nous y préparer et d’agir pour en atténuer les conséquences.

 

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