Photo : PNUD Colombie

 

Il y a dix ans, les gouvernements du monde entier se sont réunis pour s'engager en faveur de la biodiversité, en établissant un plan d'action stratégique pour atteindre les objectifs d'Aichi pour la biodiversité. Aujourd’hui, nous nous trouvons à un nouveau tournant, avec en ligne de mire une vision mondiale pour la nature à l’horizon 2050, mais les circonstances dans lesquelles nous prenons cet engagement sont bien trop sombres.

Pris dans l’interminable pandémie de coronavirus (COVID-19) depuis plus d'un an, les pays doivent faire face à des vagues épidémiques successives et aux blocages qui en résultent. Avec des pertes de vies humaines et de moyens de subsistance inédites et de plus en plus importantes, la nécessité d'assurer une reprise socio-économique rapide est plus évidente que jamais. Pourtant, la prise de conscience de l'immense valeur que nous offre la nature l'est tout autant. Au cours de l'année écoulée, nous avons peut-être été encouragés par le retour d’espèces animales, l'assainissement de l'air et l'éclaircissement du ciel. Pour les soutenir dans cette reprise après la COVID-19, nous devrons transformer radicalement nos modes d’action.

Selon un récent rapport (anglais) de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), le risque de pandémies et de zoonoses augmente rapidement, en raison de notre exploitation persistante de l'environnement. On estime que 1,7 million de virus n'ont pas encore été découverts, dont 800 000 sont susceptibles de se propager à l'homme. Le changement d'affectation des sols, en particulier, avec la perte d'habitat, l'agriculture intensive et l'urbanisation rapide, serait à l'origine de plus de 30 % des maladies émergentes. Dans le contexte de l'évolution rapide des crises alimentaires, de la pollution croissante des cours d'eau et de l'impact grandissant du changement climatique et des conditions météorologiques extrêmes, toute nouvelle pandémie comme celle-ci fera des ravages.

Cette année, la Journée internationale de la biodiversité nous rappelle que « nous faisons partie de la solution ». L'importance du « nous » collectif n'a jamais été aussi prégnante. Les travailleurs en première ligne de la nature ne sont pas nouveaux, mais existent depuis des décennies et peuvent apporter des solutions transformatrices à la gestion de la biodiversité. Apprendre d'eux, exploiter leur potentiel pour des efforts concertés et établir des partenariats efficaces nous aidera à traduire le Cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 en actions concrètes. Voici cinq moyens d'y parvenir.

(i) Établir des preuves au niveau national : Il est essentiel de traduire les recherches et évaluations mondiales dans les contextes nationaux et locaux et de cultiver une base de connaissances diversifiée et plurielle, enrichie des preuves multiples. Le PNUD collabore avec le Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature du PNUE par l'intermédiaire du réseau BES-Net (Biodiversity and Ecosystem Services Network) afin d'aider huit pays à élaborer leurs propres évaluations nationales des écosystèmes, qui apportent des données actualisées, complètes et critiques sur les écosystèmes en fonction des besoins politiques urgents. La Colombie lancera sa première évaluation nationale des écosystèmes dans les prochaines semaines, rejoignant ainsi d'autres pays d'Amérique latine. Les conclusions de cette évaluation, qui réunit plus de 110 experts, serviront à éclairer la prise de décisions politiques, les actions civiques et les futures recherches sur les écosystèmes.

(ii) Faire entendre les voix des communautés autochtones et locales : Au moins un quart de la surface terrestre mondiale est traditionnellement détenue, gérée et utilisée par les populations autochtones de manière durable, y compris environ 35 % des zones protégées. Tout pacte social pour la biodiversité doit donner la priorité à la participation active des peuples autochtones et des communautés locales et à la protection de leurs connaissances, à tous les niveaux. Le renforcement des cadres juridiques pour soutenir la participation des populations autochtones et locales à la mise en œuvre du cadre pour l'après 2020 sera crucial. Le PNUD travaille en étroite collaboration avec l'UNESCO afin que les connaissances autochtones et locales puissent éclairer la prise de décisions en matière de biodiversité dans tous les pays.

(iii) Mobiliser les connaissances et les pratiques locales : Les agriculteurs, les petits exploitants apicoles et les micro-entrepreneurs jouent tous un rôle essentiel dans la lutte contre l'insécurité alimentaire, la préservation des variétés locales et la conservation de diverses espèces de pollinisateurs. Le PNUD a mis au point la méthodologie unique du « Trialogue », qui vise à rapprocher ces praticiens de la communauté scientifique et politique, en exploitant leurs connaissances et leur capacité à innover pour la conservation dans toutes les régions. L'objectif est de recadrer notre relation avec la nature, par le dialogue, l'exploration sensorielle et les solutions locales. Des pays comme le Nigeria, ont utilisé cette méthodologie de manière efficace pour adopter un plan stratégique national visant à protéger les pollinisateurs au cours de l'année à venir.

(iv) Exploiter le potentiel du secteur privé : La mise en œuvre de notre engagement pour la nature nécessitera des investissements importants mais nécessaires. Selon les Perspectives mondiales de la diversité biologique-5 et la Convention sur la biodiversité biologique, les investissements en faveur de la conservation dans les années à venir devraient se situer entre 103 et 895 milliards de dollars par an. Les changements transformationnels dans l'agriculture, les systèmes alimentaires, l'industrie et l'urbanisation ne peuvent avoir lieu sans un partenariat du secteur privé respectueux de la nature.

(v) Cultiver un leadership politique inclusif et fondé sur des preuves : Si le monde a peut-être raté le coche des objectifs d'Aichi pour la biodiversité, des progrès notables ont été réalisés comme l'attribution de zones protégées, l'intégration des objectifs de biodiversité dans les systèmes de comptabilité nationale, etc. Aujourd'hui, le monde a besoin d'un leadership politique inclusif et fondé sur des preuves. Alors que les pays sont confrontés à des pressions accrues pour se reconstruire en mieux après la pandémie, il sera essentiel de veiller à ce que les plans de relance budgétaire verts et les plans et stratégies de relance s'attaquent aux pressions sur la biodiversité, les écosystèmes et les espèces.

Il n'y a pas de temps à perdre pour la mise en œuvre du cadre mondial de la biodiversité pour l'après 2020 et chaque nouvelle année représente une opportunité. Cela ne sera possible que si nous prenons réellement conscience que chacun d'entre nous a un rôle à jouer et peut faire partie de la solution.

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