Investir dans des zones protégées et conservées efficaces est essentiel pour protéger la nature, par la conservation de la biodiversité et l'atténuation du changement climatique. Photo : Alex Fine

 

Nous sommes confrontés à une crise mondiale de la biodiversité et du climat.

On estime qu'un million d'espèces sont menacées d'extinction, les moteurs de la perte de biodiversité étant dus aux résultats directs ou indirects d'une action humaine non durable. Dans le cadre des politiques actuelles, une espèce sur six sera menacée d'extinction en raison des effets du changement climatique.

La perte de biodiversité mondiale est inextricablement liée au changement climatique. Dans tous les scénarios d'émission, le sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) conclut que la température à la surface du globe continuera d'augmenter au moins jusqu'au milieu du siècle, avec un dépassement du réchauffement de 1,5 °C à 2 °C au cours de ce siècle et des impacts climatiques menaçant les espèces et leurs habitats… à moins d'une réduction rapide et significative des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Un changement transformateur doit s’opérer de toute urgence si nous voulons lutter à la fois contre la perte de biodiversité et contre la crise climatique. C'est maintenant qu'il faut agir.

 

Investir dans les aires protégées et conservées, c'est investir dans notre avenir.

Investir dans des aires protégées et conservées efficaces est un outil essentiel pour assurer la protection de la nature, par la conservation de la biodiversité et l'atténuation du changement climatique. Dans notre rapport Créer un avenir positif pour la nature, nous présentons une voie pour améliorer la couverture et la qualité des aires protégées et conservées afin de protéger la nature à l'échelle mondiale, et les multiples bénéfices pour les populations qui en découlent.

Le rapport s'appuie sur les conclusions du rapport Planète protégée 2020, qui résume les progrès accomplis en vue de la réalisation de l'objectif 11 d’Aichi de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Actuellement, les aires protégées et les autres mesures efficaces de conservation par zone (OECM), également appelées aires protégées et conservées, couvrent 16,79% des terres non antarctiques et 8,0% des océans, 43,7% des écorégions terrestres et 47,4% des écorégions marines ayant un certain niveau de couverture. Les aires protégées et conservées assurent une protection essentielle des zones clés pour la biodiversité et des zones marines d'importance écologique ou biologique, avec respectivement 43,3% et 8,3% de couverture mondiale.

Les récents engagements politiques et financiers visant à étendre la couverture et la qualité des aires protégées et conservées pourraient avoir un effet transformateur. Les avantages vont au-delà de la conservation de la biodiversité pour soutenir la réalisation des Objectifs de développement durable des Nations Unies par l'amélioration de la sécurité de l'eau et de l'alimentation, des moyens de subsistance, de la santé, de l'atténuation du changement climatique et de l'adaptation à celui-ci, ainsi que des objectifs d'autres accords multilatéraux sur l'environnement, tels que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe :

·       Près des deux tiers de la population mondiale vivent en aval d'aires protégées, qui leur fournissent de l'eau douce. Le renforcement de la protection, de la restauration et de la gestion durable des écosystèmes, tels que les zones humides et les forêts, peut améliorer la sécurité de l'eau.

·       La protection des populations de poissons, des pollinisateurs et des espèces sauvages apparentées aux cultures contribuera de manière significative à la sécurité alimentaire mondiale. La pêche mondiale fournit actuellement un sixième des protéines consommées dans le monde, mais un tiers des stocks de poissons commerciaux sont exploités à des niveaux non durables et 90 % étaient pleinement exploités en 2018. Les aires marines protégées apportent des avantages considérables à la sécurité alimentaire, la biomasse moyenne de poissons étant de plus de 670 % dans les aires marines entièrement protégées par rapport aux aires non protégées environnantes.

·       Les avantages pour l'atténuation du changement climatique sont également vastes, car les écosystèmes intacts séquestrent chaque année environ 5,6 gigatonnes de CO2, soit 60 % des émissions anthropiques mondiales. On estime que les terres conservées par les peuples autochtones et les communautés locales stockent environ 13 % de tout le carbone stocké dans les écosystèmes terrestres.

·       Les aires protégées et conservées contribuent à la réduction des risques de catastrophes, car des écosystèmes intacts tels que les mangroves peuvent réduire les dommages causés par des phénomènes météorologiques extrêmes, et les récifs coralliens peuvent contribuer à réduire les risques côtiers et renforcer la résilience côtière.

 

Mettre l'accent sur la qualité

Malgré ces avantages considérables et la couverture des aires protégées et conservées allant croissant, la perte de la biodiversité mondiale se poursuit. Pour être efficaces, les investissements doivent donc aussi mettre l'accent sur la qualité de la protection plutôt que sur la simple quantité de protection soit la superficie protégée.

Le présent rapport propose trois considérations principales pour la mise en œuvre des objectifs en matière d'aires protégées et conservées dans le cadre mondial de la biodiversité post-2020, qui sera adopté lors de la prochaine Conférence des Parties à la CDB (COP-15) :

1.              La nécessité pour les aires protégées et conservées de donner la priorité à la représentativité, à la connectivité, à la conservation des zones importantes pour la biodiversité et les contributions de la nature aux populations, à une gouvernance équitable et à une gestion efficace, car les sites présentant une plus grande équité sociale ont des résultats plus positifs en matière de conservation.

2.              L'importance de reconnaître la contribution des peuples autochtones et communautés locales et de respecter leurs droits fonciers. Cela implique de garantir les droits d'occupation, pour lesquels les OECM peuvent être outil important. La pleine reconnaissance des droits est essentielle si l'on veut que ces zones contribuent aux objectifs nationaux et internationaux. Plusieurs pays et territoires ont maintenant fait état des OECM dans une base de données mondiale dédiée (WD-OECM) récemment lancée, et beaucoup d'autres sont en train de reconnaître et de faire état de ces sites importants.

3.              La nécessité d'intégrer les aires protégées et conservées dans les politiques nationales et les cadres décisionnels. Ce n'est qu'en intégrant les stratégies de conservation de la biodiversité, telles que les aires protégées et conservées, que nous pourrons réaliser des actions en faveur du développement durable et du climat et en tirer tous les avantages.

L'urgence de la crise mondiale de la biodiversité incite les dirigeants du monde entier à agir. Alors que les dirigeants du monde entier s'engagent à prendre des mesures importantes, telles que l'engagement des dirigeants en faveur de la nature et l'adoption de la déclaration de Kunming par les Parties à la CDB au cours de la première partie de la COP-15 de la CDB, le présent rapport appelle à mettre l'accent sur les aspects qualitatifs des aires protégées et conservées. Si ces aspects qualitatifs sont mis en évidence dans les investissements et défendus par la volonté politique des Parties, un avenir positif pour la nature, pour les personnes et la planète, sera à notre portée.

 

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