Photo : PNUD PAPP Gaza



À l'heure où le variant Delta de la COVID-19 provoque de nouvelles vagues d'infection et de blocages, les pays à revenu élevé annoncent des plans de rappels de vaccins, tandis que les pays à faible revenu luttent pour obtenir le strict minimum pour protéger leur population. Parallèlement, des actualités récentes en provenance d'Afrique du Sud illustrent le potentiel continu d'émergence de nouveaux variants qui pourraient constituer une menace pour chacun d'entre nous.

Il est plus clair que jamais que notre incapacité première à contenir ce virus n'était qu'un début. L'épidémie de COVID-19 a révélé à quel point le monde est mal préparé à gérer et à financer une réponse rapide, durable, coordonnée et équitable à une pandémie mondiale qui ne laisse personne de côté.

Un nouveau rapport (en anglais) du Groupe indépendant de haut niveau du G20 sur le financement des ressources communes mondiales pour la préparation et la réponse aux pandémies est sans équivoque sur le fait que nous sommes en possession de la capacité et les ressources nécessaires pour atténuer les risques de pandémie, et que nous disposions du savoir-faire scientifique et des finances pour répondre plus efficacement que nous l'avons fait à la COVID-19.

Ne mâchons pas nos mots : nous pouvons et devons faire mieux.

Comme l'a souligné le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, devant les ministres de la Santé du G20 le week-end dernier, outre une augmentation urgente des investissements dans l'équité vaccinale et la réponse de santé publique à la crise actuelle, un effort véritablement mondial est nécessaire — sans délai — pour renforcer et étendre les systèmes existants qui soutiendront durablement les efforts de préparation et de réponse aux pandémies à l'avenir. Lorsque la prochaine épidémie frappera, nous devrons être prêts en tant que communauté mondiale.

Investir dans la surveillance des maladies et la coopération au niveau mondial

Le partage de données épidémiologiques et génomiques en temps utile et de manière équitable est essentiel à la gestion des épidémies, et il est donc nécessaire de créer un organisme mondial capable de le faire. Les initiatives nationales telles que le Center for Forecasting and Outbreak Analytics des Centers for Disease Control and Prevention (Centre américain de prévision et d'analyse des épidémies) sont un bon début, mais un cadre mondial similaire au Cadre de préparation en cas de grippe pandémique (PIP) dirigé par l'OMS serait utile pour dépasser les frontières et faire tomber les barrières politiques autour de la surveillance mondiale des maladies infectieuses.

Avant tout, l'autorité et le financement de l'OMS doivent être renforcés, et les pays doivent soutenir la création d'un centre transparent de renseignements sur les pandémies et les épidémies. Ces efforts peuvent être soutenus par la création d'un Conseil mondial des traités de santé dirigé par les chefs d'État et de gouvernement, convoqué par l'Assemblée générale des Nations Unies, comme le recommande le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie (GIPR).

Renforcer les systèmes nationaux de santé et investir dans les protections sociales

Les 193 États membres des Nations Unies se sont engagés à assurer une couverture sanitaire universelle d'ici 2030 lorsqu'ils ont adopté les objectifs de développement durable en 2015. Les pays doivent investir dans leurs systèmes de santé nationaux et les renforcer afin d'offrir à tous les individus des services de santé de qualité, notamment en termes de diagnostics, de médicaments et de vaccins efficaces.

Comme l'a montré de manière tragique la pandémie de COVID-19, la vie et les moyens de subsistance des personnes ne dépendent pas uniquement d'une santé publique efficace. L'inégalité, la pauvreté et la discrimination sont des moteurs de la maladie, qui amplifie elle-même ces inégalités en un véritable cercle vicieux.  

Le rapport 2021 sur les objectifs de développement durable (en anglais) a révélé que des centaines de millions de personnes sont retombées dans l'extrême pauvreté et la faim chronique en 2020, ce qui représente la première augmentation du taux d'extrême pauvreté dans le monde depuis plus de 20 ans. Parallèlement, le dernier rapport sur le sida dans le monde a révélé qu'en Afrique subsaharienne, où vivent les deux tiers des personnes séropositives, moins de 3 % d'entre elles avaient reçu au moins une dose de vaccin anti-COVID-19 en juillet 2021, alors que les populations clés et les groupes marginalisés peinent à obtenir des services de prévention et de traitement du VIH adéquats.

Les pays doivent investir dans le renforcement de la protection sociale et des systèmes de santé afin de limiter à la fois les effets immédiats du virus sur la santé et les répercussions tout aussi mortelles des pandémies — cela comprend des investissements portant sur l'ensemble des déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé. Le PNUD a constaté qu'un revenu de base temporaire peut contribuer à protéger les populations vulnérables des pires effets des crises sanitaires, tout en coûtant à la plupart des pays à faible revenu bien moins d'un pour cent de leur PIB mensuel.

Agir pour réduire les inégalités

Toutes ces actions doivent être sous-tendues par la volonté de réduire les inégalités au sein des pays et entre eux. La préparation de quelques-uns ne suffira pas à protéger le monde contre les crises à venir.

En juin, les pays du G7 ont promis une quantité importante de dons de vaccins anti-COVID-19 au dispositif COVAX, pourtant seule une fraction de ces doses a été livrée à ce jour. De plus, selon l'analyse conjointe du PNUD, de l'OMS et de l'Université d'Oxford sous forme d'un tableau de suivi mondial de l'équité du vaccin, les pays à faible revenu devraient augmenter leurs dépenses de santé de 30 à 60 % pour couvrir le coût de la vaccination de 70 % de leur population, contre seulement 0,8 % pour les pays à revenu élevé.

Les pays à revenu élevé doivent tenir leurs promesses de partager les doses via le dispositif COVAX et de contribuer à combler d'urgence un déficit de 7,7 milliards de dollars pour financer les travaux de l'Accélérateur ACT visant à mettre fin à la pandémie. Il est temps d'entendre l'appel de l'OMS à partager les doses de vaccin et le savoir-faire, et à renoncer aux protections de la propriété intellectuelle pour les vaccins et les produits thérapeutiques contre la COVID-19.

En outre, les investissements à long terme dans les solutions numériques et les soins de santé primaires communautaires représentent des étapes importantes pour garantir que toutes les personnes puissent accéder aux services dont elles ont besoin. Le PNUD travaille avec les pays pour aider à concevoir et à établir ces types de systèmes. Au Bhoutan, le PNUD a aidé à développer un système numérique pour le programme national de vaccination anti-COVID-19 du pays. En Libye, le PNUD, en partenariat avec le ministère de la Santé, le gouvernement du Japon et une start-up du secteur privé, Speetar, a lancé la première initiative de télémédecine du pays, une application qui met les Libyens en contact avec des médecins de la diaspora parlant leur langue. L'application réduit également le poids des déplacements et de la mobilité pour les personnes souffrant de maladies chroniques.

La préparation aux pandémies va bien au-delà de la surveillance des maladies spécifiques à un pays et des contre-mesures temporaires de santé publique. Il s'agit d'un investissement constant dans les systèmes locaux, nationaux et mondiaux nécessaires pour éduquer, protéger et préparer les communautés contre toute une série de menaces sanitaires telles que la crise climatique et l'augmentation de la résistance aux antimicrobiens, qui ont déjà un impact sur la santé et le développement des populations vulnérables dans le monde entier. Ces crises superposées sont exacerbées par l'augmentation des inégalités et menacent de renverser le développement humain si nous n'agissons pas maintenant. Des investissements à long terme inclusifs, urgents et unifiés dans la préparation, tirant parti des technologies de pointe et de l'innovation, permettront aux pays de mieux construire l'avenir en créant des systèmes plus équitables et résilients, soit pour nous la chance de nous remettre sur la voie de la réalisation de nos objectifs mondiaux et la garantie d'un avenir sûr et sain pour tous.



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