La participation aux manifestations et aux mouvements sociaux n'a jamais été aussi élevée, ce qui suggère une déconnexion entre les systèmes démocratiques et le véritable appétit des gens pour la participation politique. Photo : Koshu Kunii / Unsplash

 

En cette Journée internationale de la démocratie, je ne suis certainement pas la seule à soulever de nouveau ces vieilles questions – lesquelles semblent, ces derniers mois, s’être complexifiées plus que jamais. Qu'est-ce que la démocratie ? Dans quelle mesure la majorité de la population mondiale peut-elle en bénéficier ? Les institutions et processus démocratiques sont-ils même adaptés au monde d'aujourd'hui ? Les mécanismes démocratiques peuvent-ils entraver un changement inclusif ? Comment les institutions et processus démocratiques devraient-ils s'adapter aux changements du monde actuel ?

Bien sûr, nous disposons de décennies (dans certains cas, de siècles) d'excellentes réflexions et recherches sur la plupart de ces questions, et nous connaissons nombre de réponses. Mais alors que le PNUD se prépare à mettre en œuvre son nouveau plan stratégique quadriennal avec un engagement à renforcer les institutions et les processus démocratiques, il est utile de nous rappeler certains principes de bases, sans se voiler la face à propos de certaines questions difficiles :

Premièrement, nos mécanismes de représentation actuellement établis (élections régulières, partis politiques, parlements) sont nécessaires, mais demeurent insuffisants, pour une société démocratique. D'autres éléments clés sont la participation active des personnes à la politique et à la vie civique avec une certaine mesure de valeurs partagées liées aux responsabilités civiques ; la protection des droits de l'homme de tous les citoyens, y compris les minorités ; et l'application égale des lois à tous. L’indépendance des médias et l'accès à des informations exactes sont essentiels.

Deuxièmement, les attributs d’une gouvernance démocratique (tels que les élections ou les parlements), que la communauté internationale soutient, n'ont pas nécessairement créé un changement sociétaux durables ou apporté de plus grands bénéfices aux populations. Nous devons également veiller à soutenir la culture, l'organisation et les normes politiques, ainsi que l'engagement civique.

Troisièmement, les attentes des citoyens vis-à-vis de leurs démocraties n'ont pas été comblées dans de nombreuses régions. Les procédures démocratiques sans avantages tangibles pour la population dans son ensemble tendent à diminuer le soutien à la démocratie, comme l'ont montré certaines enquêtes de perception publique. De même, la corruption nuit gravement à la démocratie, contribuant dans de nombreux contextes à la régression du développement durable et des droits de l'homme, et soutenant la montée de régimes populistes et parfois oppressifs. Il est donc essentiel de donner la priorité aux mécanismes de lutte contre la corruption dans tous les secteurs.

Quatrièmement, la numérisation modifie profondément le fonctionnement de nos processus politiques, dans toutes les sociétés et à bien des égards, en raison de l'« infodémie » notamment. En effet, 49 % des experts en technologie interrogés récemment dans le cadre d’une étude du Pew Research Center ont convenu du fait que l'utilisation de la technologie affaiblirait la démocratie dans les années à venir. La manière de soumettre le progrès technologique lui-même (y compris l'utilisation de l'intelligence artificielle) à un contrôle démocratique est complexe dans un contexte où le changement est piloté par d'énormes plateformes telles que Facebook et Google.

Des élections régulières et d'autres mécanismes de représentation sont nécessaires, mais demeurent insuffisants, pour une société démocratique. Photo : PNUD Inde

 

Enfin, le changement climatique et les évolutions démographiques, ainsi que d'autres préoccupations mondiales, constituent des défis importants pour nos modèles démocratiques. Les impératifs politiques à court terme privilégiés par nos systèmes politiques nationaux et la quête du succès électoral, ont lamentablement échoué à fournir des biens publics mondiaux à long terme ou à protéger les droits des générations futures.

En outre, dans certains pays, la majorité de la population n'est pas en mesure de participer aux processus démocratiques formels pour des questions d’âge et les femmes restent constamment sous-représentées dans les institutions et processus politiques. Cependant, la participation générale aux manifestations et aux mouvements sociaux n'a jamais été aussi élevée, malgré la contraction de l'espace civique.

Ces facteurs témoignent d'une déconnexion croissante, bien souvent, entre les systèmes démocratiques tels qu'ils fonctionnent réellement et la volonté réelle des gens de s'engager politiquement et de participer démocratiquement. Même là où l'on ne cherche pas à restreindre les libertés, il est urgent de discuter de la manière dont les institutions et les processus démocratiques peuvent être revigorés, en s'attaquant au décalage entre la demande populaire et les performances réelles. Il s'agira probablement d'envisager l'application de mécanismes directs et délibératifs qui se sont révélés très prometteurs, par exemple les assemblées et les jurys de citoyens. Toutefois, les discussions sur ces questions ont jusqu'à présent tendance à se concentrer dans les pays de l'OCDE, leurs universités et leurs groupes de réflexion.

Les voix de ceux qui ont le plus à perdre ou à gagner sont rarement entendues dans ces débats, et le nombre d'expériences citées est encore très faible, et presque exclusivement dans l’hémisphère Nord. C'est pourquoi l'appel lancé par le Secrétaire général dans le cadre du Programme commun en faveur de consultations d'écoute nationales inclusives afin de rétablir la confiance et le contrat social est essentiel.

Ainsi, en cette Journée internationale de la démocratie, nous devons aborder une nouvelle fois ces questions difficiles, exprimer nos préoccupations, interroger et débattre de nos hypothèses et de nos pratiques, afin que la démocratie réponde aux attentes. Nous devons trouver un équilibre entre la défense des principes normatifs fondamentaux, en particulier lorsqu'ils sont menacés, et une saine remise en question sur la manière dont les processus et institutions démocratiques devraient s'adapter pour que ces principes se manifestent mieux dans les sociétés d'aujourd'hui, en tirant parti des nouvelles possibilités, en profitant à davantage de personnes, en soutenant l'égalité et en fournissant la base d'un développement durable.  

En effet, faciliter ce débat compte tenu de toutes ses complexités dans différentes sociétés contribue à la démocratie elle-même.

 

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