En 2020, alors que la COVID-19 s’abattait sur le monde, une autre crise faisait l'objet d'une attention sans précédent : la « pandémie fantôme », celle de la violence basée sur le genre (VBG).

L’attention s'est surtout portée sur l’augmentation des risques aggravés par les mesures de confinement successives, ainsi que sur la nécessité de répondre à l'urgence. Or, s’il est avant tout nécessaire de soutenir les victimes et les survivant.e.s, le travail de prévention en amont est tout aussi important, car il s’attaque aux causes profondes de la violence. Cependant, sur la scène internationale, la recrudescence de la VBG fait davantage parler d’elle que la prévention de celle-ci.

Les retombées de la crise ont affecté le travail visant l’élimination des violences de genre, tel que l'initiative mondiale « Mettre fin aux VBG et atteindre les Objectifs de développement durable » du PNUD et de la République de Corée. S’appuyant sur des projets pilotes implantés dans sept pays, le projet produit de nouveaux outils et de nouvelles preuves des avantages tirés de la prévention des VBG genre pour réduire la violence à l'égard des femmes et réaliser d’autres objectifs de développement. Les équipes chargées de projets pilotes d'intégration de la prévention de la VBG dans des projets de développement plus vastes au sein d'autres secteurs, ont non seulement dû accroître leur réponse à ces violences, mais aussi consacrer davantage d’énergie et de ressources pour répondre à la COVID-19.

Les efforts de sensibilisation en matière de VBG ont également dus être déployés de manière impromptue, même si isolés, ces efforts se révèlent être inefficaces en matière de prévention.

Les équipes à l’origine de cette initiative mondiale ont réagi très différemment à la crise et ont réalisé des progrès très variés : s’interroger et partager sur les enseignements tirés de la pandémie peut nous aider à mieux nous préparer aux prochaines crises et à améliorer la programmation et la gestion de projets, tant pour la continuation de ce projet précisément que pour d'autres.

Notre première réaction, en tant qu'équipe internationale du PNUD, a été de marquer une pause dans notre travail et de tendre la main aux équipes des pays pilotes avec bienveillance, compassion et compréhension, en gardant à l’esprit les importantes pressions personnelles et professionnelles liées à la pandémie. La situation exigeait, et exige toujours, de la flexibilité dans les plannings, un suivi, une évaluation et un apprentissage dans la mise en place de programmes pour mieux gérer son temps et s'adapter à des changements radicaux, à de nouvelles demandes et à la forte pression traverser une pandémie tout en continuant de travailler.

Au cours de l’année écoulée, l’innovation s’est révélée être une des clés de la réussite du projet. Dès le début de la COVID-19, notre première réaction a été de suspendre nos activités. Ensuite, nous avons dû nous adapter et apprendre à vivre dans ce contexte sanitaire, et nous avons poursuivi notre travail avec ténacité et créativité pour trouver collectivement de nouvelles approches face aux difficultés rencontrées.

L'équipe du Liban a adapté son programme de formation « Indashyikirwa » (en anglais) pour les couples et les leaders d'opinion et a formé des animateurs pour mettre en place des ateliers. Mais en raison de la pandémie, elle a dû trouver une nouvelle manière de travailler. L'équipe a repris son programme et révisé le contenu et les exercices, en concevant un nouveau plan d'engagement et en développant du matériel audiovisuel pour réaliser les ateliers via WhatsApp. Les enseignements tirés de cette adaptation à la survenue de la pandémie seront partagés dès cet automne dans une série de webinaires et cette équipe est à présent une référence dans la mise en œuvre de programmes de prévention de la VBG à distance.

La pandémie a également renforcé les points forts et faibles déjà existants. Les équipes pilotes, qui assurent la prévention de la VBG fondée sur des données factuelles, se sont davantage engagées dans le projet global, entretenant de bonnes relations avec leurs partenaires et ayant déjà adopté l'innovation par la flexibilité, l'expérimentation et l'apprentissage continu. Ces équipes ont montré plus de facilités à adapter leurs projets dès le début de la pandémie.

Certaines équipes ont dû faire face à des crises supplémentaires, comme en Irak, où de graves problèmes de sécurité persistent ou au Liban, qui connaît une crise économique et politique et qui a récemment subi le choc de l'explosion de Beyrouth. Ces équipes, qui  composent avec de telles perturbations au quotidien, ont pu tirer parti de cette expérience et de cette résilience.

Pour collaborer plus efficacement, les équipes doivent également veiller à maintenir une bonne communication dans le cas de confinements sanitaires. Cela implique de trouver la meilleure façon de soutenir le personnel et les partenaires sur le terrain. Dans les pays où la bande passante et le wifi sont limités, il s’est avéré très difficile de maintenir des relations et de fournir un soutien à distance, même parmi des membres d’équipes d’une même ville, contraints de rester chez eux à cause des restrictions de déplacement.

En ces temps de crise, il est très délicat de décider de la temporalité et de la pertinence de renforcer des équipes ou bien simplement de leur offrir un espace pour prendre soin de soi et pour se reprendre, car les tragédies et le deuil provoqués par la COVID-19 nous touchent tous personnellement. Cependant, aborder ces points clés de manière anticipée peut permettre de déterminer quelles équipes pourraient avoir besoin de plus de soutien pour surmonter de tels bouleversements à l'avenir et trouver le meilleur moyen de les surmonter.

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