Le changement climatique menace de réduire à néant des décennies de progrès en matière de développement dans les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés. Leurs gouvernements et leurs populations, pourtant, se tiennent debout. Photo : PNUD Soudan du Sud

 

Considérez ceci : les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays les moins avancés (PMA) représentent respectivement moins de 1 pour cent, et entre 3 et 6 pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pourtant, ils subissent des pertes annuelles liées à ces émissions beaucoup plus importantes, en pourcentage du PIB, que la moyenne mondiale.

Si le changement climatique est un problème véritablement mondial, qui touche chacun d'entre nous sur cette planète, cela relève d’une terrible injustice que les pays ayant le moins contribué à la crise se révèlent les plus vulnérables à ses effets, et qu'ils soient le plus gravement touchés par elle.

À certains égards, il s'agit là d'une conséquence cruelle de la géographie, mais dans la plupart des cas, cela est également dû à des défis socio-économiques considérables - manque de diversification économique, protections sociales inadéquates, dette importante et dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles importés. Ces facteurs, auxquels s’ajoute le fait que leur croissance économique est fortement tributaire de secteurs sensibles au climat, signifient qu'ils sont extrêmement exposés aux stress et aux chocs climatiques.

Étant originaire des Caraïbes, j’ai subi les conséquences directes des effets dévastateurs des ouragans Ivan et Emily qui ont frappé la Grenade en 2004 et 2005. Non seulement nous avons dû nous démener pour trouver un abri, et satisfaire d’autres besoins de base, mais nous avons également dû assumer la tâche difficile de la reconstruction, sans aucune source d'aide évidente en vue. L'ouragan Ivan a causé à lui seul plus de 900 millions de dollars de dégâts, soit plus de deux fois le PIB de la Grenade.

Mais ceci n'est pas l’essentiel. Si les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés sont en première ligne de la crise climatique, ils sont également à l'avant-garde de l'action climatique.

Nombre d'entre eux ont fait des progrès considérables pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, en prenant notamment des engagements audacieux à travers leurs promesses nationales actualisées en matière de climat (appelées « contributions déterminées au niveau national », ou CDN). En effet, cette année, 93 pour cent d'entre eux ont prévu d'améliorer leurs CDN (contre 42 pour cent en 2019) d’après notre rapport « L’État de l’ambition climatique » (disponible en anglais).

Ils élaborent des plans et des stratégies globales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et se placer sur une trajectoire de développement à faibles émissions de carbone, et plus résiliente.

Leur voix porte sur la scène internationale.

Renforcer les voix d'un seul chœur

Qu'il s'agisse de renforcer les ambitions en matière de climat (dans le cadre de notre Promesse climatique), de renforcer la résilience ou de mobiliser des fonds pour le climat, le PNUD soutient les gouvernements des petits États insulaires en développement et des pays les moins avancés dans leurs efforts pour répondre à la crise climatique.

Parmi les centaines d'initiatives que nous menons à bien dans le monde, figure le projet des « plateformes du progrès » (site disponible en anglais). Soutenu par l'Union européenne et mis en œuvre par des organisations et des groupes internationaux, dont le Groupe des pays les moins avancés, l'Alliance des petits États insulaires, l'Institut mondial de la croissance verte (GGGI), l’Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) et la Coalition pour une haute ambition par l'intermédiaire d'Independent Diplomat, le projet aide l’ensemble des 84 petits États insulaires en développement et des pays les moins avancés à faire la transition vers des économies résilientes à faibles émissions de carbone.

Il est important de noter que l'un de ses principaux objectifs est de donner aux pays vulnérables les moyens de participer plus efficacement aux réunions de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et à d'autres processus connexes.

S'appuyant sur les capacités et l'expertise locales existantes, le projet s'attache à offrir des conseils diplomatiques et juridiques, et un soutien technique pratique, ainsi qu’à renforcer la capacité des responsables techniques et de haut niveau à participer aux négociations.

Ce soutien a changé la donne, car il permet aux petits États insulaires en développement et aux pays les moins avancés de continuer à disposer d’un siège à la table où sont prises les décisions cruciales concernant le climat mondial.

Influencer le changement

Depuis son lancement en 2019, le projet a travaillé directement avec les partenaires du projet pour fournir des formations, ainsi qu’un soutien aux négociations et à d'autres engagements clés liés au climat et à l'environnement.

Nous avons obtenu des résultats solides et tangibles, tel qu’une augmentation du nombre de membres des petits États insulaires en développement et des pays les moins avancés participant aux réunions internationales.

Nous avons également constaté un impact au niveau national, les participants utilisant leurs compétences en matière de plaidoyer pour apporter des changements dans leur pays d'origine.

Prenez, par exemple, les dialogues de haut niveau, tels que le Placencia Ambition Forum, organisé par l'Alliance des petits États insulaires. Les négociateurs y jouent un rôle clé en informant les ministres sur les négociations climatiques. À leur tour, ils influencent les politiques au niveau national, en mettant en œuvre les résultats convenus lors du forum. Nous constatons donc qu'une participation accrue influe directement sur l'élaboration des politiques sur le terrain et renforce la volonté politique.

En Éthiopie, l'Institut mondial de la croissance verte a aidé le gouvernement à revoir sa stratégie d'économie verte résiliente au climat et à assurer le suivi du processus d'amélioration de sa CDN. La nouvelle CDN de l'Éthiopie a été élaborée sur la base de cette stratégie, consolidant ainsi l'importance du travail effectué par ces plateformes.

Au Sénégal et en Côte d'Ivoire, les organisations de la société civile ont reçu une formation sur la diplomatie climatique, leur permettant de participer efficacement aux nombreuses réunions concernant l'avenir de leur population.

Dans le Pacifique, Independent Diplomat fournit un soutien pratique à l'organisateur de la Coalition pour une haute ambition, qui est actuellement le Président des Iles Marshall. Ce travail a donné plusieurs résultats majeurs pour le groupe : en novembre 2020, la Coalition a publié une Déclaration sur la relance résiliente, appelant à ce que « le plus grand pourcentage possible des dépenses de relance budgétaire soit consacré à l'économie verte et aux professions à faible intensité de carbone ». La déclaration exhortait les pays à prendre des engagements audacieux en matière de relance COVID-19 et de climat, et comptait plus de 20 signatures fin 2020.

Il est clair que certains de ces engagements se reflètent dans les promesses des pays : par exemple, Antigua-et-Barbuda, qui assure actuellement la présidence de l'Alliance des petits États insulaires, a récemment soumis une CDN révisée qui comprend des engagements audacieux pour une transition juste de sa main-d'œuvre et des initiatives vertes, qui contribueront à réduire leur dépendance aux combustibles fossiles à hauteur de plus de 50 pour cent d'ici 2030.

Grâce à ce projet, les partenaires ont organisé collectivement plus de 50 webinaires, ateliers et sessions de formation pour le renforcement des capacités. Plus de 90 pour cent des technocrates et diplomates des 90 pays y ont participé.

En conséquence, les pays ont pu ajouter des négociateurs nouvellement qualifiés à leurs équipes. Des informations clés sur les négociations ont également été échangées.

Des champions indéfectibles du climat

Les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés subissent personnellement et gravement les conséquences du réchauffement de la planète.

Pourtant, s'ils sont extrêmement vulnérables – comme, finalement, nous le sommes tous – ces pays ne sont pas passifs. En fait, ils sont souvent les premiers au niveau mondial en matière d'ambition, d'action et de plaidoyer. Ils continuent de démontrer leur engagement en se montrant comme des champions indéfectivles de l'ambition et en demandant ouvertement aux pays développés d'augmenter leurs engagements.

Grâce à des programmes de partenariat tels que le projet des « plateformes du progrès », nous veillerons à ce que ces pays vulnérables restent engagés dans les discussions sur le climat au plus haut niveau.

Au PNUD, nous sommes là pour les soutenir - afin qu'ils puissent continuer à être entendus.

 

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